Plusieurs se questionnent à savoir si leur organisation devrait mettre en place un programme de dons majeurs ou une campagne majeure pour atteindre ses objectifs et réaliser ses projets. Certains remettent carrément en question la campagne majeure et considèrent qu’il s’agit d’un concept dépassé.
Mon expérience m’a toujours amené à me méfier des visions en noir ou en blanc alors que la vérité se trouve généralement dans le gris. Ma vision est similaire pour le concept de campagne majeure. La question n’est pas tant de savoir si le concept est passé de mode mais si l’organisation en a besoin.
Campagne majeure ou dons majeurs ?
En effet, la campagne majeure peut répondre à une organisation ayant besoin d’un apport de financement privé allant bien au-delà de ses revenus annuels pour financer un ou quelques projets importants. Une campagne majeure n’est cependant pas requise si l’organisation ne dispose pas de tels projets, simplement pour imiter d’autres organismes de notre secteur ou renouveler les engagements complétés de nos donateurs suite à une dernière campagne.
Le programme de dons majeurs quant à lui vise à approcher des donateurs pour financer un nombre plus limité de projets substantiels, mais souvent de moins grande envergure. Ce programme vise également à bâtir une relation continue avec des donateurs capables d’investir à long terme et bâtir les capacités à l’interne. Pour toute organisation philanthropique ayant atteint une certaine maturité, le programme de dons majeurs est un bon moyen de réaliser des projets substantiels et maintenir la relation avec nos donateurs majeurs et doit s’ajouter aux outils de développement philanthropique annuels de l’organisation avec les démarches auprès du grand public, les événements et les dons planifiés.
Deux leviers distincts, complémentaires et toujours d’actualité
En résumé, la campagne majeure demeure un bon moyen d’atteindre nos objectifs en mobilisant l’ensemble de notre communauté pour réaliser une vision de développement majeure comportant un ou quelques projets déterminants. Elle permet souvent de rehausser substantiellement le niveau de contribution de nos supporteurs bien nantis ayant la capacité de donner davantage et stimulés par cette vision. De plus, elle permet également de créer un momentum et de concentrer les efforts dans un horizon temporel défini, ce qui peut faciliter le recrutement de leaders déjà très sollicités grâce à un engagement clair, balisé et limité dans le temps.
Si de grandes organisations comme les Universités Harvard, McGill, de Montréal ou encore hospitalières comme l’Hôpital Général Juif ou Sainte-Justine organisent toujours de grandes campagnes, ce n’est sûrement pas parce que ce concept serait dépassé, bien au contraire mais parce qu’il fonctionne toujours. Évidemment, il est important d’adapter les méthodes et stratégies de la campagne majeure aux leaders d’aujourd’hui souhaitant limiter la durée et le nombre de rencontres des cabinets de campagne et effectuer davantage de suivis individuels avec chaque membre de l’équipe.
D’ailleurs, une étude1 réalisée en 2024 auprès de 527 organisations philanthropiques du Canada et des États-Unis démontre que :
- 96% des campagnes majeures ont été un succès;
- Le résultat moyen a été de 106% de l’objectif;
- La campagne annuelle a maintenu (35%) ou amélioré (43%) ses résultats en campagne majeure et ses résultats ont augmenté après la campagne (74%);
- 70% des fonds recueillis proviennent des 20 plus importants donateurs;
Quant au programme de dons majeurs, nous le recommandons lorsque l’organisation ne dispose pas de très grands projets à réaliser ou encore, entre deux campagnes pour offrir à des donateurs n’ayant pas contribué ou ayant terminé leur engagement à soutenir l’organisation par un don majeur.
En conclusion, les deux approches ont des objectifs et des bénéfices différents et peuvent tout à fait coexister. La campagne majeure demeure donc pertinente pour une organisation souhaitant réaliser sa vision de développement par des projets déterminants.
À propos de l’auteur :
Christian Bolduc est une figure de proue de la philanthropie, combinant passion et expertise pour faire avancer ce secteur essentiel. Depuis le début de sa carrière en collecte de fonds en 1995, il a démontré un engagement sans faille pour le développement des communautés. En 1999, il a cofondé le cabinet-conseil Jean Robert Nolet & Associés, aujourd’hui connu sous le nom de BNP Inspire.
1 The State of capital campaign 2024 – Capital Campaign Pro


